jeudi 27 janvier 2011

Les écrits journaliers 3

Linger
Modérer
Solution
Curer
Plébiscité
Tyrannicide
Gitan
Office
Câblo-opérateur
Dissuader

« Mon père... Je viens vous voir car j'ai besoin de parler à quelqu'un.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Vous m'écoutez ? Ou plutôt vous m'entendez ? Car rares sont les personnes douées d'écoute...
_ Si je ne vous écoute pas, Dieu le fait.
_ Dieu ! La belle histoire. Pardonnez-moi, mais vous êtes bien sûr qu'il est là, votre Dieu ? Je trouve qu'il laisse faire beaucoup d'horreurs, aussi je doute de son existence.
_ Dieu existe, mon fils, sinon vous ne seriez pas ici.
_ Ce n'est pas Dieu qui m'a mis au monde, que je sache !
_ Modérez vos propos, mon fils, Dieu pourrait s'en offusquer.
_ Pardonnez-moi, mon père, mais je suis à bout de nerf...
_ Dites moi tout, mon fils.
_ Alors voilà, je travaille dans un câblo-opérateur. Mon travail consiste à téléphoner à des personnes à des horaires qui les dérangent, pour leur proposer des offres alléchantes de télévision par câble.
_ Continuez, mon fils.
_ Nous sommes plusieurs dans mon cas, et nous sommes payés pour chaque nouveau contrat décroché.
_ Poursuivez, mon fils.
_ Il se trouve que depuis quelques temps, nous décrochons peu de contrats, et le patron, un vrai tyran, se met chaque jour dans des colères noires.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Il a fait appel aux services d'une tierce société pour voir ce qui n'allait pas. Elle lui a trouvé tout un tas de raisons, et tout un tas de solutions.
_ Continuez, mon fils.
_ Ainsi, notre baisse de régime est dû à un mauvais goût vestimentaire. C'est pourquoi, chaque matin quelqu'un vient nous dire comment nous linger.
_ Poursuivez, mon fils.
_ De plus, au bureau, nous sommes déconcentrés par trop de choses. Pour y remédier, il a engagé quelqu'un pour nous curer le nez, et aller aux toilettes à notre place.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Je ne sais pas si vous vous êtes déjà fait curer le nez par un gitan, mais ce n'est pas très agréable. Gitan ou pas, d'ailleurs.
_ Continuez, mon fils.
_ Nous sommes excédés, et nous avons mis toute notre énergie à trouver des solutions, car il est évident que ce n'est pas le fait d'envoyer un gus aux toilettes à notre place qui va améliorer les ventes !
_ Poursuivez, mon fils.
_ Nous avons essayé de parler au patron, mais il ne veut rien savoir. Il y a deux jours, un collègue s'est suicidé en incendiant les vêtements qu'on lui ordonnait de porter pour aller travailler.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Ça ne peut plus durer, vous m'entendez ?! Aussi, nous avons décidé de passer à l'acte. Nous allons le tuer.
_ Continuez, mon fils.
_ Nous avons donc organisé des élections pour savoir qui serait le tyrannicide. Il se trouve que j'ai été plébiscité.
_ Poursuivez, mon fils.
_ Ce n'est pas la peine d'essayer de m'en dissuader, ma motivation est telle que ce serait peine perdue.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Je sais déjà comment je vais m'y prendre. Demain, en allant au bureau, je serai convoqué pour mon absence d'aujourd'hui. Mais je n'irai pas les mains vides. Je prendrai ce petit crochet, vous voyez ?
_ Continuez, mon fils.
_ Il sera tellement concentré sur son sermon qu'il ne réagira pas lorsque je me jetterai sur lui. Je compte lui enfoncer le crochet dans le nez.
_ Poursuivez, mon fils.
_ Cependant, il risque de se débattre. Donc je lui attacherai les mains avec des menottes, et les pieds avec une grosse corde.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Une fois qu'il sera immobilisé, je pourrai prendre tout mon temps pour lui curer le nez, en remontant, doucement.
_ Continuez, mon fils.
_ A force de remonter, je vais atteindre le cerveau. Je prendrai un malin plaisir à le lui curer aussi, car il en a bien besoin.
_ Poursuivez, mon fils.
_ Lorsque le cerveau sera bien curé, il mourra.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Mon père, j'ai besoin de votre bénédiction.
_ Je vous bénis, mon fils. Puissiez-vous accomplir votre office sans aucune difficulté. Amen.
_ Merci. Adieu, mon père.
_ Adieu, mon fils. »

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