dimanche 27 mars 2011

Mélodie


Jadis trois anges veillaient  sur le monde. Un d’amour, un d’espoir et l’autre de vie. Tout était harmonie et bonheur, les existences humaines s’écoulaient sans que rien ne les trouble, et nulle guerre ne déchirait villes et villages.  La nature prospérait, l’abondance était la seule à se répandre sur les terres. Mais les années passant, les humains se lassèrent de remercier sans cesse les anges, et, un jour, persuadés de pouvoir se débrouiller sans eux, ils les chassèrent.

Attristés, énervés, mais surtout dégoûtés, les anges s’en furent sans se retourner. Mais ils ne pouvaient s’en aller comme ça, car ils savaient que sans eux, les humains n’iraient pas bien loin. Ils s’arrêtèrent alors sur une colline, verdoyante et agréable. Là, ils érigèrent trois statues, une pour chacun d’eux. Elles étaient simples et sobres, faites des matières les plus nobles que l’on pouvait trouver dans les environs. Mais la simplicité ne retirait rien à leur beauté, et ce lieu, bien qu’on en oublia rapidement les origines, devint un lieu de paix et de repos.

Durant les siècles qui suivirent, l’humanité oublia jusqu’à l’existence des anges de l’ancien temps, répandant haine et carnages aux quatre coins du monde. L’amour, l’espoir et la vie étaient devenus trois choses secondaires, vaines et sporadiques. La terre souffrait, et la nature pleurait ses anges car, elle, ne les avait pas oubliés.

Mais alors que la situation devenait de plus en plus catastrophique, et que la violence des humains arrivait à son paroxysme, les statues furent redécouvertes.  Seul îlot verdoyant au milieu d’une terre dévastée, la colline suscita bien des interrogations. Mais les Puissants, très vite, s’en lassèrent. Ce n’est que grâce à un vieil homme, qui dévoua sa vie à percer ce mystère, que ce dernier fut résolu.

Mais rares furent ceux qui accordèrent du crédit à cette légende. Elle n’allait pas les aider à sécuriser les frontières, ni à développer de nouvelles armes, toujours plus meurtrières… Alors ceux qui y croyaient, si peu nombreux fussent-ils, s’exilèrent. Il leur fallut des jours de marche, dans le froid et la neige, à travers l’aridité de déserts et la dangerosité de montagnes, pour atteindre la colline.

Afin de ne pas dénaturer l’endroit et, surtout, par respect pour lui, ils s’installèrent sur les terres alentours. Et, chaque jour, l’un d’eux allait prier les anges, leur demandant de les aider, de rendre aux humains la raison, mais surtout l’amour, l’espoir et la vie. Mais les années passaient et rien ne se produisait. Dépités, ils partirent un à un, reniant ces anges comme ils avaient renié, auparavant, tous les autres dieux. Seul un couple resta aux pieds de la colline, car malgré les échecs, ils l’avaient, eux, l’espoir.

Une petite fille naquit de leur amour, car ils s’aimaient vraiment. Elle fut nommée Mélodie, en hommage aux multiples chants qu’offraient les oiseaux de la colline. C’était une petite fille douce et rêveuse, qui passait ses journées à l’ombre des grands arbres, à admirer sans jamais se lasser la beauté des statues.

C’est ainsi, après avoir passé tout le jour en compagnie des trois anges, qu’elle trouva ses parents morts et sa maison en flammes. Elle les pleura toute la nuit, et tout le jour qui suivi. Ce n’est qu’au soir qu’elle trouva la force de se relever, et rejoignis les seuls proches qu’il lui restait ; les anges.

Elle pleura à leurs pieds des jours durant, désespérée, vide de tout sentiment. Elle sentit la haine l’envahir, en même temps qu’elle sentait la vie la quitter. Car elle pleurait tant, qu’elle en oubliait de se nourrir.  Mais alors qu’elle sentait ses dernières forces l’abandonner, elle releva la tête, et les vit. Les trois anges la regardaient de leur regard de pierre, fiers, beaux, solennels.

Alors elle se releva, pleine d’amour, d’espoir et de vie. Et pour remercier ceux qui l’avaient sauvée, elle se mit à chanter. Chaque jour était une chanson, et chaque nuit elle composait la mélodie qui l’accompagnerait le lendemain. Les jours passèrent, et les trois anges n’étaient plus les seuls à l’écouter, non… La nature elle-même se délectait de cette voix, aussi juste que douce, qui emplissait la colline du matin au soir.

Ainsi les années passèrent, et chaque soir, les statues retrouvaient un peu de leur splendeur d’entant. Jusqu’au matin où la jeune  Mélodie – qui, à présent, avait bien grandit -, entama une chanson emplie d’amour, d’espoir et de vie. A la fin de la journée, le soleil brillait encore sans vouloir aller se coucher. Mais, épuisée, la jeune fille finit par s’endormir, bercée par les paroles de sa propre chanson.

A son réveil, ils étaient là, penchés sur elle… Les trois anges. Ils la prirent tour à tour contre eux, et l’embrassèrent. Emerveillée elle les regardait, sans pouvoir bouger, sans pouvoir parler. Elle ne put que chanter, une nouvelle fois. Mais ce n’était pas une simple mélodie, ni un simple chant ; c’était une prière… Elle leur demandait humblement de sauver son peuple, de rendre à ses semblables ces trois choses qu’ils avaient perdues au fil des siècles ; l’amour, l’espoir et la vie.

Heureux d’exhausser le souhait de leur jeune protégée, ils l’allongèrent dans la clairière et prirent le chemin des cieux. Elle ne sut jamais combien de temps elle attendit mais, à leur retour, elle sut qu’ils avaient entendu sa prière, et que son peuple était libéré. Elle sourit tandis que les anges reprenaient leurs places.

 A présent, sur la colline, il y a quatre statues. Trois anges et une jeune femme.


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