vendredi 7 février 2014

Jeux interdits

J'ai retrouvé ce texte datant du 7 janvier, soit d'il y a tout pile un mois.

A la base, c'était un texte visant à évaluer mon niveau en RP (sur les forums de RPG). On m'a donné le contexte et je devais écrire l'ouverture d'un RP en m'en inspirant. Voici donc le contexte et ce que j'ai écris (cela m'a valu la note de 4/5. Qu'en pensez-vous ?) :




Contexte :
Tu es une belle et riche femme mariée à un merveilleux homme que tu pense très fidèle. Vous avez deux enfants, même si vous ne dépassez pas la quarantaine. Vous filez un parfait amour et d'ailleurs, vous revenez de votre deuxième voyage de noces. Tu es heureuse, et tu aimes ton homme ! Un soir, tu sors du boulot plus tôt, voulant faire une surprise à ton mari en pensant rentrer plus tôt que lui pour lui faire un bon petit plat. Au lieu de ça, tu arrives chez toi, tu montes dans ta chambre, et tu découvres ton mari avec sa secrétaire... dans votre lit. Comment réagiras-tu ?



Interprétation :
« Tu pars tôt aujourd'hui ! »

Et oui... Je lui souriais mais ne m'attardais pas. J'avais d'autres chats à fouetter ! A peine rentrée de mon second voyage de noces, je me sentais pousser des ailes. J'avais envie de courir partout, de sauter sur les chaises et de balancer des roses et d'autres fleurs des champs dans le bureau, uniquement pour montrer au monde à quel point j'aimais mon homme. Il était beau, il était charmant, il était parfait !
C'était mon homme.

Voilà sept ans que nous étions mariés et l'amour était toujours présent. Deux voyages de noces, deux enfants, une maison, des cadeaux à n'en plus finir ! Que demander de plus ? Je ne savais pas, j'avais tout ce que l'on pourrait désirer. Et plus encore ! Voilà pourquoi, ce jour là, j'avais décidé de lui rendre la pareille. Et j'allais de ce pas lui concocter le plus beau repas surprise de sa vie. J'avais tout prévu ; les chandelles, les fleurs, la vaisselle, la petite nuisette de soie noire... Tout, sauf le repas.
C'est tout moi ça !

Dans ma hâte, je bousculai Sylvie. Ses dossiers s'étalèrent dans l'ascenseur, lequel se referma avant que l'on ne puisse tout ramasser. J'avais justement envie d'être seule enfermée dans l'ascenseur avec ma boss, juste après avoir envoyé au sol toute sa paperasse. Sourire crispé, balbutiement d'excuse... J'avais toujours été mal à l'aise en présence de Sylvie, sans que je ne parvienne à savoir pourquoi. Peut-être était-ce ses regards appuyés, ses sourires énigmatiques, ma paranoïa aiguë ?

« Vous rentrez déjà, Lyse? ».
Regard appuyé.
« Hum... Oui, j'ai achevé mes objectifs du jour et je comptais en profiter pour faire une surprise à mon mari.
- Il en a de la chance... »
Sourire énigmatique.

Et voilà, il ne m'en fallait pas plus pour commencer à me liquéfier sur place. Fort heureusement, c'était à cet instant que l'ascenseur avait décidé de me libérer. Je marmonnais une ou deux phrases puis m'éclipsais. Une fois dans la rue, ce fut le marathon. Entre le repas auquel je n'avais pas pensé, la nuisette repérée mais non achetée, le passage chez le coiffeur et le coup de téléphone à une baby-sitter, je n'eus pas un moment à moi. Mais c'était pour la bonne cause !
Cette soirée allait être parfaite.

Nous habitions dans une petite maison de ville, juste à la périphérie du centre. Deux étages, cent-quarante mètres carrés habitables, cinq pièces, un immense dressing et deux salles de bain. Une petite cour permettait aux enfants de jouer et l'entrée donnait sur un sas qui permettait d'accéder soit au salon soit à la cuisine, ainsi qu'à l'escalier. Je me précipitai dans la cuisine. Dans ma joie, ma hâte ou ma bêtise, je ne remarquai même pas qu'une cravate montait l'escalier, suivie de près par un chemisier, et qu'une chaussette était un peu à la traîne.

Je déballai donc les courses, étalai le tout sur la table, commençai à sortir les ustensiles dont j'aurai besoin pour préparer les petits plats prévus. Mais c'était sans compter mon regard qui, vicieusement, se posa sur le sac Aubade contenant ma superbe nuisette de soie noire. Je DEVAIS l'essayer ! Je ne fis ni une, ni deux, et montai les escaliers quatre à quatre, traversai la chambre en courant, saluai au passage mon mari et la femme qui l'accompagnait, fonçai dans la salle de bain et retirai tous mes vêtements...
Ce n'est qu'une fois nue, que l'étrangeté de la situation m'apparut.

Le miroir me renvoya sans aucune pudeur le reflet de mon visage en décomposition. Venais-je bien de saluer mon mari, accompagné d'une femme ? Et ce, dans notre lit ? Non, ce devait-être une erreur. Ma précipitation avait dû me faire voir des choses, tel un mirage en plein désert. N'écoutant que mon courage, j'ouvris la porte.
Et je les vis.

Nous restâmes un moment à nous regarder. Je ne savais comment réagir ; étais-je sensée crier, m'énerver, me ruer sur lui, sur elle, pleurer, claquer la porte, lancer des assiettes, appeler la police, mettre le feu, sortir un couteau, faire comme si de rien n'était, commencer par me rhabiller. Oui, j'étais encore nue. Je n'avais pas trouvé utile de me revêtir avant de rouvrir la porte, ce qui rajoutais au malaise ambiant. Mais après tout, nous étions sur un pied d'égalité ; nus comme des vers.
Mon regard s'attarda un instant sur mon mari ; ce qu'il pouvait être beau !
Puis il se posa sur sa partenaire... Je devais reconnaître qu'elle n'était pas vilaine non plus.

Ce n'était pas ainsi que j'avais imaginé ma soirée ; je voulais cuisiner le plat préféré de mon homme, puis me préparer jusqu'à son retour. Le séduire, le chauffer toute la soirée, pour passer ma nuit en sa compagnie.
Au lieu de ça, je le trouvais dans mon lit, déjà chauffé et aux bras d'une autre. Et je n'avais même pas commencé le repas.
Minute... Pourquoi est-ce que je pensais au repas, tout à coup ? Je devais me mettre en colère, les pourrir, les insulter, les frapper, les jeter dehors et demander le divorce. Pourtant, je n'arrivais pas à me mettre en colère.
Était-ce l'embarras que nous ressentions tous les trois ?
Le fait d'être nue ?
Autre chose ?

Mon cerveau fit rapidement le tri dans toutes les options qui s'offraient à moi, me laissant libre choix entre les deux dernières ; partir en claquant la porte et passer ma soirée seule à boire dans un bar, ou bien ravaler ma gêne et rejoindre ces deux amants dans leurs jeux interdits.

Avec un sourire malicieux, je fis un pas vers le lit.

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