mardi 3 février 2015

A Lourdes et Joséphine

Tu m'as quittée le 25 janvier 2015, le jour même où je devais partir au ski. Ma mère ne me l'appris qu'à mon retour, mais quelque part je le savais et en fus soulagée. Ces dernières semaines durent être épuisantes pour toi et je sais que ma mère comme moi en étions attristées, et sentions ton heure venir. Lourdes... Ce nom t'avait été choisie, je crois, par ma mère. J'y voyais d'un air amusé un clin d’œil à ton penchant pour la nourriture, à ton poids au dessus de la moyenne. Pourtant, lorsqu'il te fut choisi, personne ne pouvait savoir qu'il t'irait aussi bien. Lourdes... Le nom de ce célèbre lieu où l'on voit des miracles. Et des miracles, Dieu sait que tu en as vécu.
Moins d'un an après que tu sois entrée dans ma vie, il a fallut que je t'écrase. Et 55 kilogrammes sur un petit être de 300 grammes à peine, cela cause des dégâts. Paniquée et en larmes, je passais la nuit à ton chevet, désolée de voir ta respiration devenir laborieuse à mesure que les heures s'écoulaient. J'attendais devant sa porte que le vétérinaire ouvre et, comme je le craignais, son verdict n'était pas encourageant. Tous tes petits organes se baladaient, ton estomac avait même décidé d'élire domicile au dessus du cœur. Ne voulant se montrer trop pessimiste, le vétérinaire te donna des anti-inflammatoire, me demandant de te ramener trois jours plus tard si tu n'allais pas mieux. Trois jours plus tard, tu marchais à nouveau. Trois de plus et tu courrais. Moins de dix jours après ma maladresse, tu sautais et ouvrais mes placards à la recherche de nourriture.
Lorsque je te ramenais chez le vétérinaire, un an après et pour tout autre chose, ce dernier peina à croire qu'il s'agissait bien de toi. Et pourtant si, tes 300 grammes avaient vaincu mes 55 kg. Mais cette fois-ci, dans ta petite masse, il y avait peut-être 10 ou 20 grammes de trop ; une tumeur qu'il fallait te retirer. Et le second miracle se produisit lorsque, malgré le cancer, malgré les tumeurs qui envahirent ton petit être dans les deux mois qui suivirent ton opération, tu continuas de bouger, de sauter et de grimper, te battant corps et âme contre cette vermine.
Petit être plein d'affection et de courage, dont nous, humains, devrions parfois nous inspirer. Tu es aujourd'hui enterrée juste à côté de ta sœur, Joséphine.

Joséphine, ce nom t'avais été donné par ma grand-mère. Je ne sais pas d'où il lui vint, mais il était tout à fait à propos. Joséphine, la fin de ce prénom était l'exact opposé de celui de ta sœur ; Lourdes et « Fine », la rate gourmande et sa sœur la sportive. Toute petite, tu m'impressionnas de ton agilité. Alors que ta sœur passait le plus clair de son temps à manger et dormir, tu explorais ton environnement – mon appartement – avec la plus grande minutie. Tu grimpais partout ; rideaux, tuyaux, vêtements posés négligemment sur une chaise. Rien ne te résistait. Tant et si bien que si je te perdais, il suffisait que je lève les yeux pour te retrouver ; sur le haut d'une étagère, sur une tringle à rideau, au dessus du frigo. Je ne dirais pas que tu dominais ta sœur, car ce n'était pas dans ton caractère, mais lorsqu'elle t'asticotait, c'est toi qui prenais le dessus. Du moins les premiers mois.
Tout comme ta sœur quelques mois plus tard, je crus te perdre et passais une nuit complète à guetter tes respirations, mon cœur cessant de battre entre chacune d'entre elles. Ton mal inconnu avait démarré plusieurs jours auparavant et n'avait cessé d'empirer. L'apothéose de ta douleur devait tomber un dimanche, ce qui me contraint à patienter et à prier 24 heures durant, ne sachant pas si tu passerais l'heure. Ne connaissant pas de vétérinaire, je jetais mon dévolu sur l'un d'eux, ayant de bonnes critiques sur internet. Une heure de bus et trente minutes de marche plus tard, tu entrais en auscultation. Il pouvait soit s'agir d'un AVC, soit d'une infection. Mais quoi qu'il en soit, m'assura-t-il, tu ne serais plus jamais comme avant. Je ne su jamais laquelle des hypothèses était la bonne, mais la conclusion demeurait ; tu ne fus jamais comme avant.
Envolée la petite rate dynamique et agile, bienvenue l'être fragile et diminué. Toi qui grimpais si facilement à tout ce que tu croisais, tu peinais à présent à monter de simples marches d'escalier. Fini la domination bienveillante sur ta sœur, elle en profitait maintenant pour manger la quasi-totalité de votre gamelle. Ce fut dur également pour elle, au début, avant qu'elle ne s'habitue à ce que tu fasses inlassablement, pendant des heures, des tours dans ta cage. Mais au fil des semaines elle finit par s'y faire, ne remarquant même plus lorsque tu la piétinais pour poursuivre tes ronds, dans un but que toi seule comprenais. Elle t'attendait pelotonnée dans un coin de la cage, jusqu'à ce que tu te fatigues et la rejoigne. Vous vous blottissiez alors l'une contre l'autre, pour vous protéger du froids et du poids de la solitude. A partir de là, c'est elle qui veilla sur toi et plus l'inverse, et même lorsque je lui marchais dessus quelques mois plus tard, elle ne manqua pas de prendre soin de toi dès qu'elle fut remise.
C'est d'ailleurs dans une position défensive que je la retrouvais, ce matin du 19 octobre 2014, campée sur ton petit corps sans vie. Tout était allé si vite. Une poignée de jours plus tôt, alors que je devais l'emmener le lendemain se faire opérer, je remarquais une grosseur sous ton épaule droite. Je te prenais donc également, dans le but de te faire observer par le vétérinaire. Tu souffrais du même genre de tumeur que ta sœur, mais à un endroit non opérable. Et quand bien même le fut-il ? Tu étais trop fragile pour qu'une opération soit envisageable. Et cette fragilité t'emporta en deux jours.
Ta disparition m'attrista, mais il fallait que je reste forte pour la convalescence de ta sœur. Je portais ton corps chez mes parents, pour que tu sois enterrée dans leur jardin, et puis... Et puis la vie continua.

Mais à présent que vous êtes côte à côté dans ce jardin, ma tristesse éclate. J'ai appris la mort de Lourdes vendredi, alors pourquoi les larmes ne sortent-elles que maintenant ? Pourquoi est-ce que je ressens le besoin d'écrire ces mots à une heure si avancée de la nuit ? Dois-je vraiment chercher une réponse à ces questions ?



Oui, ce n'était que des rats. Mais pour moi, elles représentaient bien plus que ça. Et s'il peut paraître ridicule de pleurer devant son ordinateur à une heure du matin, ça m'est égal. En plus d'être de petits êtres adorables, elles ont été, au cours de ces deux petites années, mes confidentes, mes amies et la seule compagnie qui subsistait, une fois la porte de cet appartement sombre, humide et lugubre fermée.

Vous m'avez sauvée de la solitude, mais votre départ me laisse encore plus démunie.

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